Entre France insoumise et Front national, de solides divergences

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Entre France insoumise et Front national, de solides divergences

Message par Marianna le Mar 4 Juil - 23:02

Entre France insoumise et Front national, de solides divergences

Gilles Finchelstein, de la Fondation Jean-Jaurès, et Brice Teinturier, d’Ipsos, mettent à mal deux idées : les soutiens de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon seraient électoralement poreux et idéologiquement convergents.
Temps de lecture : 4 min


Deux idées ont fait florès tout au long de la séquence politique qui s’achève : les soutiens de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon seraient, d’une part, électoralement poreux et, d’autre part, idéologiquement convergents.

L’analyse des comportements réels a montré que la première était fausse. Avant le 23 avril, si la mobilité électorale a été très élevée, la mobilité entre le Front national (FN) et La France insoumise (LFI) a relevé de l’anecdote. Et le 7 mai, seuls 7 % des électeurs de M. Mélenchon ont apporté leur suffrage à Mme Le Pen.

La seconde idée est tout aussi erronée. La cinquième vague de l’enquête sur les fractures françaises, menée depuis janvier 2013 par Le Monde, la Fondation Jean-Jaurès et Sciences Po (programme viepol) et réalisée par Ipsos Sopra-Steria par Internet, du 21 au 27 juin, auprès d’un échantillon représentatif de 1 000 personnes, montre que ces deux électorats ne sont d’accord sur rien ou presque.

Façon de se projeter dans l’avenir ou le passé
La première série de divergences concerne la façon de se projeter dans l’avenir ou le passé. Les électeurs de Mme Le Pen sont massivement convaincus que la France est en déclin (94 %) et qu’il est irréversible (47 %) quand ceux de M. Mélenchon se singularisent par leur refus de même accepter l’idée que la France soit en déclin. Individuellement, la quasi-totalité (91 %) des frontistes déclare également « s’inspirer de plus en plus dans leur vie des valeurs du passé » quand tel n’est le cas que de la moitié des « insoumis » (52 %).

Rapport à l’autre et à l’immigration
La deuxième série de divergences, spectaculaire également, porte sur le rapport à l’autre en général et à l’immigration en particulier. 38 % des sympathisants de LFI estiment que l’on « peut faire confiance à la plupart des gens » contre 22 % dans la population générale et 7 % seulement chez les sympathisants du FN.

De même, 30 % des sympathisants de LFI estiment qu’il « y a trop d’étrangers en France » – soit 5 points de moins que la moyenne nationale – contre… 95 % pour ceux du FN.

Enfin, 58 % des premiers jugent l’islam « compatible avec les valeurs de la société française » – soit 18 points au-dessus de la moyenne nationale – quand on n’en compte que 9 % parmi les seconds. Si cette divergence est évidemment attendue, son ampleur n’en reste pas moins spectaculaire sur un sujet fondamental dans les relations interpersonnelles et structurant pour chacun de ces électorats.

Culture politique
La troisième série de divergences touche à la culture politique – en dépit d’une critique partagée du « système » politique. Pour le reste, l’intensité de la demande d’autorité, l’attachement au principe du système démocratique comme le soutien aux corps intermédiaires distinguent largement les uns et les autres. La demande d’autorité, si on la compare à la moyenne des Français, est plus forte au FN – 98 % partagent l’idée que l’on a « besoin d’un vrai chef pour remettre de l’ordre » – et plus faible chez les « insoumis ».

L’idée qu’un « autre système pourrait fonctionner aussi bien que la démocratie » est défendue par le quart de ces derniers – c’est 8 points de moins que la moyenne des Français – alors qu’elle est majoritaire (55 %) chez les frontistes – avec une progression notable de 15 points sur les trois dernières années. Le rôle des associations est qualifié « d’important » par 44 % des premiers et seulement 13 % des seconds – les chiffres sont proches s’agissant des syndicats.

Système économique et social
La quatrième série de divergences a trait au système économique et social. Certes, la défense de la redistribution ou de la priorité à la protection des salariés dans la réforme du droit du travail rapprochent ces électorats. Mais, une nouvelle fois, tout le reste les éloigne.

C’est vrai du cadre international : 59 % des « insoumis » contre 10 % des frontistes souhaitent que la France « s’ouvre davantage au monde d’aujourd’hui ». C’est vrai du choix européen : 88 % des « insoumis » contre 44 % des frontistes veulent que la France reste dans l’euro ; mieux encore, 59 % des premiers contre 17 % des seconds estiment que l’appartenance de la France à l’Union européenne est « une bonne chose ». C’est vrai enfin du rapport à l’Etat-providence : les électeurs de M. Mélenchon ne considèrent ni que « les chômeurs pourraient trouver du travail s’ils le voulaient vraiment » ni qu’il y a « trop d’assistanat » à la différence de plus des deux tiers des électeurs de Mme Le Pen.

En définitive, l’enquête sur les fractures françaises témoigne de ce que, en dépit des bouleversements auxquels nous avons assisté, les cultures politiques demeurent profondément ancrées – la question du rétablissement de la peine de mort, approuvée par 87 % des frontistes et seulement 18 % des « insoumis », en constituant un symbole éclatant. Elle montre aussi que la fonction tribunitienne exercée par M. Mélenchon et Mme Le Pen ne joue pas des mêmes ressorts et ne fait pas appel à la même vision du peuple. La jonction des populismes n’est donc pas à l’ordre du jour.

Gilles Finchelstein (directeur de la Fondation Jean Jaurès) et Brice Teinturier (directeur général délégué d’Ipsos)- Article du Monde du 03/07/2017
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Marianna
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